spermy d’ostende
ce soir les verres que la barmaid pose devant moi sur le comptoir sont triangulaires, je vide un triangle, elle le remplace, et ainsi de suite, parfois je ne le remarque même pas, et j’ai l’impression alors que les verres éclosent à l’unité sur un terreau fertile. je regarde au fond de chaque verre où il n’y à que le fond du verre, et je repense soudainement au vent d’ostende qui a manqué de m’arracher au sable de la plage pour me faire voltiger parmi les cerfs-volants. je me souviens comme je pestais, la morve au nez et des larmes dans les yeux, à étudier cette lumière du nord en manquant de me casser la gueule, avant d’aller, finalement épuisé, compter les carreaux noirs et blancs à l’abri, le long du palais thermal. il y avait la pluie ostendaise, aussi, qui traverse tout sauf les pavés qu’elle fait briller, le soir, devant les tarvernes. à ostende, la pluie et les pavés sont dans le coup pour vous faire entrer dans les estaminets, c’est pour éviter les morts, si vous restez dehors la mélancolie va vous tuer. alors vous entrez par exemple dans celui-ci, où un type en kilt hurle sur un client qui a demandé de la glace avec son whisky écossais. ostende est moins laide de nuit, les immeubles dégueulasses percés de panneaux te koop et te huur ne sont pas bien éclairés, mais dieu qu’ostende est laide. ce qui est beau à ostende c’est la tristesse, les nuages doivent moissonner de la mélancolie quand ils roulent au dessus de la flandre, et la déverser sur la tête des ostendais depuis des siècles. c’est pour cela qu’ils ont construit ces immeubles, cette promenade, toutes ces choses ratées pour la plupart. vous rateriez beaucoup de choses vous aussi s’il vous pleuvait tristesse et mélancolie dessus sans arrêt. on se rend à ostende un peu par hasard, la première fois, à cause des chansons et des romans, mais on y revient toujours pour une bonne raison, et moi je vais bientôt y retourner seul, une semaine entière, pour y manger de la mélancolie. je boirai de la pils, beaucoup de pils, avant de la pisser sur les pavés du centre-ville tard le soir, et de rentrer cahin-caha à mon hôtel près du casino. puis j’y retournerai si souvent qu’on finira par m’appeller spermy d’ostende comme ces types qui finissent par prendre pour patronyme le nom de l’endroit où ils vivent.




