spermy contre le monde

spermy d’ostende

ce soir les verres que la barmaid pose devant moi sur le comptoir sont triangulaires, je vide un triangle, elle le remplace, et ainsi de suite, parfois je ne le remarque même pas, et j’ai l’impression alors que les verres éclosent à l’unité sur un terreau fertile. je regarde au fond de chaque verre où il n’y à que le fond du verre, et je repense soudainement au vent d’ostende qui a manqué de m’arracher au sable de la plage pour me faire voltiger parmi les cerfs-volants. je me souviens comme je pestais, la morve au nez et des larmes dans les yeux, à étudier cette lumière du nord en manquant de me casser la gueule, avant d’aller, finalement épuisé, compter les carreaux noirs et blancs à l’abri, le long du palais thermal. il y avait la pluie ostendaise, aussi, qui traverse tout sauf les pavés qu’elle fait briller, le soir, devant les tarvernes. à ostende, la pluie et les pavés sont dans le coup pour vous faire entrer dans les estaminets, c’est pour éviter les morts, si vous restez dehors la mélancolie va vous tuer. alors vous entrez par exemple dans celui-ci, où un type en kilt hurle sur un client qui a demandé de la glace avec son whisky écossais. ostende est moins laide de nuit, les immeubles dégueulasses percés de panneaux te koop et te huur ne sont pas bien éclairés, mais dieu qu’ostende est laide. ce qui est beau à ostende c’est la tristesse, les nuages doivent moissonner de la mélancolie quand ils roulent au dessus de la flandre, et la déverser sur la tête des ostendais depuis des siècles. c’est pour cela qu’ils ont construit ces immeubles, cette promenade, toutes ces choses ratées pour la plupart. vous rateriez beaucoup de choses vous aussi s’il vous pleuvait tristesse et mélancolie dessus sans arrêt. on se rend à ostende un peu par hasard, la première fois, à cause des chansons et des romans, mais on y revient toujours pour une bonne raison, et moi je vais bientôt y retourner seul, une semaine entière, pour y manger de la mélancolie. je boirai de la pils, beaucoup de pils, avant de la pisser sur les pavés du centre-ville tard le soir, et de rentrer cahin-caha à mon hôtel près du casino. puis j’y retournerai si souvent qu’on finira par m’appeller spermy d’ostende comme ces types qui finissent par prendre pour patronyme le nom de l’endroit où ils vivent.

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et dieu créa la femme

avachi sur une table dégueulasse je la nettoie de mes manches, tentant de déceler une quelconque logique dans la disposition des frites mortes tombées sur le sol graisseux. je bois mon eau gazeuse à petites gorgées, et toutes les trois gorgées environ, je réfrène un rôt qui finit invariablement par me gonfler les joues. j’ai la classe terrible, le regard dans les frites et le rôt retenu, alors qu’elles s’installent à la table qui jouxte la mienne. la mère doit avoir une cinquantaine d’années, la première fille dans les quinze ans et la seconde environ douze ans. elles portent des bérets de laine identiques, et la plus jeune a de longues jambes, c’est ce que je remarque en premier, j’imagine sa culotte hello kitty, sa chatte légèrement duveteuse, mais je ne m’y attarde pas longtemps car sa soeur ainée offre un profil incroyable, bien mieux que la chatte de sa soeur, on dirait brigitte bardot, et dieu créa la femme, et elle avait quinze ou seize ans, et elle mangeait dans un fast-food pourri avec sa mère et sa soeur au léger duvet sur la chatte. la mère me regarde, je vois bien qu’elle se demande pourquoi je fixe les jambes de l’une de ses filles et le visage de l’autre, mais, quoi, ce n’est pas de ma faute, merde. je tente de me représenter la chatte de celle qui ressemble à brigitte bardot mais je n’y parviens pas, c’est vraiment son profil qui est incroyable, il m’éloigne se sa chatte, parfois elle me présente son visage de trois-quarts et je l’imagine barré d’une trainée de sperme, jusqu’au béret de laine, je suis malade, enfin peut-être, me dis-je mais quoi, ce n’est pas ma faute, merde. et puis comme toujours je finis par imaginer son intérieur, la graisse dans ses seins, ces grosses poches de graisse, et puis les bactéries dans sa chatte, dans sa bouche, dans sa culotte, et puis les boyaux, et la nourriture en décomposition dans les boyaux, la merde dans le côlon, et tout le reste, et les traces dans la culotte de sa soeur, et dieu créa la femme. j’ai envie de gerber, je me lève sous l’oeil inquiet de la mère, les tables sont si rapprochées que je suis obligé de me frotter la braguette contre la fille aînée et ça me dégoute, elles me dégoutent, et je sors sans vider mon plateau pressé que je suis de respirer un grand coup.

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mes petites amoureuses

le fait de m’être hier assis sur ma boule gauche m’a laissé le corps meurtri et l’esprit mélancolique, peut-être est-ce la raison pour laquelle j’ai repensé, le soir venu, à cette fille à l’écharpe orange, aux joues rouges et aux yeux bleus dont je tombai instantanément amoureux il y a une quinzaine d’années, un vrai coup de foudre, et puis c’était cela où vomir face à un assortiment de couleurs si discutable. j’étais flagada toutes les fois où je la croisais dans les couloirs, et il n’était pas rare alors que mon gobelet en plastique rempli de café s’écrasât sur mes pauvres chaussures d’étudiant sans le sou tandis que je ne contrôlais plus ni les palpitations de mon coeur, ni mes facultés de préhension. j’avais tout de même fini, prenant mon courage à deux mains, par lui adresser la parole malgré une déglutition difficile et une élocution improbable, je lui avais dit bonjour ça va, merde des nuits sans dormir à me retourner dans mon lit, à me demander ce que je pourrais lui dire de brillant, pour un bonjour ça va. elle ne m’en avait pas tenu rigueur, je crois, mais mon trouble allait sans cesse grandissant à mesure qu’elle passait devant moi certaines fois sans un regard. j’appris tardivement qu’elle avait une jumelle, laquelle ne semblait en rien sensible au charme des gogols encaféinés. souvent, tâché de brun et tremblotant, ayant croisé l’une ou l’autre, je prenais place dans l’amphithéâtre sous l’oeil amusé de mes amis qui m’accueuillaient d’un tiens voila l’ami ricorée. les enculés, que peuvent-ils bien savoir de l’amour, me demandais-je tout en traçant de petites formes géométriques rageuses sur mon bloc de papier, ne prêtant aucune attention au cours magistral sur les baux emphythéotiques qui résonnait comme une messe et accompagnait ma souffrance. et puis, en dépit de ma douleur à la boule gauche, je me suis endormi, avec à l’esprit le visage de cette fille qui se prénommait emmanuelle. et je me suis mis à rêver, et elles étaient toutes là, mes petites amoureuses, réunies dans une même pièce comme pour un cocktail mondain, réparties en grappes, discutant ou se chamaillant. tandis que je passais d’un groupe à l’autre,  j’avais bien sûr droit à quelques reproches, tu avais promis de te retirer à temps, tu avais dit que je n’aurais pas mal, le dermato m’a dit que c’était n’importe quoi ton histoire de bon pour la peau, à des questions aussi parfois, est-ce que tu arrives à bander maintenant, aucune ne semblait m’en vouloir vraiment, comme si je n’avais eu une de réelle importance pour aucune, finalement. finalement. d’autres encore ne me reconnaissaient pas. celles que j’avais continué à fréquenter après notre rupture étaient dôtées de leur apparence physique actuelle, les autres étaient comme au temps de notre liaison. parmi les premières on trouvait des femmes mariées, désormais, et même parfois mères de famille. je ne vous cache pas que j’avais droit à mon lot de regards entendus qui me confortaient dans l’idée qu’il valait mieux éviter de devenir un mari pour demeurer un amant. les secondes étaient de tout âge et je peinais souvent à les reconnaître, bon nombre d’entre elles jetaient des regards interrogateurs, se demandant comment quelques minutes, ou secondes, plus précisément, d’égarement éthylique avaient bien pu les mener à jouer un rôle dans le drôle de rêve d’un type dont elles ne connaissaient même pas le nom. et je me mettais à boire, à boire encore, au beau milieu de ces brochettes de corps contre lesquels je m’étais frotté, parfois avec une belle sincérité, tout ça pour quoi ah bravo quel résultat, je commençais à gueuler, et je devenais de plus en plus agité, je souhaitais quitter la salle mais elle n’avait pas de porte, je suais. ivre, juché sur une table, le pantalon en bas des jambes, je hurlais alors à plein poumons ô mes petites amoureuses que je vous hais, plaquez de fouffes douloureuses vos tétons laids et elles baissaient d’un ton, elle cessaient de caqueter ces salopes, et j’enchainais, dans une rage folle, projetant mon verre contre un mûr sans porte, et c’est pourtant pour ces éclanches que j’ai rimé, je voudrais vous casser les hanches d’avoir aimé. je ne vous étonnerai probablement pas en vous disant que pas une, au sein de cette triste mêlée, n’avait entendu parler de rimbaud et que j’étais heureux de leur fausser compagnie en me réveillant, avec la ferme intention d’annuler mon dîner de ce soir avec cette quasi-inconnue et de mieux me consacrer à celle qui, je l’espère, ne rejoindra jamais le poulailler de mon horrible rêve.

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peggy sastre

la nuit dernière j’ai rêvé que j’éjaculais sur le visage de peggy sastre. puissamment et abondamment. celles qui me connaissent intimement réfrèneront un cri de surprise à la lecture du premier de ces deux termes. il est en effet de notoriété publique parmi les trois femmes avec qui j’ai eu des rapports sexuels que je distille lamentablement mon liquide séminal plutôt que je ne le projette. et pourtant, dans mon rêve, je refaisais bien une beauté à peggy sastre, c’est peu de le dire, peter north ne l’aurait pas reniée, cette beauté, mais pourquoi elle, pourquoi peggy sastre, ma pegito. je ne l’ai même jamais rencontrée, tout au plus ai-je eu l’occasion de contempler son visage vaguement ingrat et sa coupe de cheveux playmobil sur un ou deux sites dits sociaux. certes nous arrive-t-il d’échanger quelques propos racistes et de maudire quelque fossoyeur de la culture en général grâce à la magie du réseau des réseaux, mais rien ne semblait la prédisposer à faire les frais de mon onirique affection. ce rêve, très agréable au demeurant, du moins pour moi, était accompagné d’une bande originale, for the babies, de damian marley. je n’ai de cesse, depuis ce matin, de m’interroger sur la signification dudit rêve, si vous avez des tuyaux pour m’aider à pénétrer mon subconscient, n’hésitez pas. si d’autres faisaient ce rêve, il me semble important de palier à la carence de google, qui jusqu’ici ne renvoie aucun résultat probant sur la requête peggy sastre ejac faciale. vous n’êtes plus seuls. venez en parler.

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marathon man

j’attaque le premier virage lorsqu’il me double, et je me rends compte que putain oui c’est le pharmacien le nouveau mec de lisa, je reconnais sa tête de con et suis satisfait de constater combien sa foulée est peu élégante mais il me double quand même cet enculé. j’accélère légèrement et reviens à sa hauteur, ôte ma casquette afin de libérer ma belle crinière blanche de félin lancé à pleine vitesse dans la savane, un guépard disons, afin qu’il me reconnaisse à son tour, et comme pour lui dire t’es plus derrière ton comptoir à vendre tes crèmes contre les hémorroïdes hein salope on va voir ce que t’as dans le ventre maintenant. j’ai à peine le temps de voir dans son regard qu’il me remet et comprend le sens de cette puérile provocation, non, de ce duel de gentlemen dont l’un cependant vend des solutions aqueuses contre les mycoses. je baisse le volume de mon baladeur numérique afin de pouvoir mesurer à l’oreille la distance qui nous sépare et de parer à l’éventualité d’une fourbe accélération dans mon dos, mais trop tard, il est déjà à ma hauteur, je lui laisse cependant bien volontiers quelques mètres d’avance tandis que je change la bande originale de ma course en abandonnant mike brant pour quelque chose de plus guerrier de plus rythmé tenez fatboy slim par exemple, c’est de circonstance, et c’est sur le fameux fucking in heaven qu’oubliant mes douleurs naissantes je prends la tête de la course contre l’apothicaire dès l’entrée du second virage, tête que je conserve au moins trois minutes, creusant l’écart du mieux que je peux, jubilant intérieurement comme extérieurement, les gens que je croise dans la ligne droite qui mène à l’entrée du parc s’étonnent de voir couler des larmes de joie sur mes joues rougeaudes, ce sont les larmes de la victoire qu’on arrache au prix d’un dépassement de soi ultime et magnifique, je me retourne avant de sectionner le ruban de la ligne d’arrivée de mon torse bombé, et vois qu’il me rattrape j’accélère encore, je souffre, mes jambes ne sont pas loin d’être tétanisées ma vue se brouille mon coeur me fait mal, je ne peux plus, il se rapproche le souffle me fait défaut le point de côté pointe à mon côté merde l’enculé parvient à ma hauteur sans forcer, il me jete un regard amusé et me décroche un petit sourire ironique, puis je vois son cul se tortiller dans son survêtement blanc, il devient de plus en plus petit alors que je crache, à l’arrêt, mains sur les hanches et jambes écartées, un mélange de salive et de bile. je lève un poing rageur je vais la racheter ta pharmacie de merde et on verra ce qu’on verra, je crie, tandis que le vent cingle mon visage défait et que je tombe à genoux, crâne incliné, les graviers roulant sous mes paumes, recroquevillé sur ma douleur, trahi par mon corps, enfin, mon point faible entre tous.

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