mon coeur est un steak

enfoncé dans mon fauteuil de velours rouge, je regarde la serveuse aux yeux étranges, aux cheveux étranges, au nez étrange, tout ceci étrangement mélangé jusqu’à la faire ressembler à une dame du moyen-âge. elle m’apporte un café et me gratifie d’un moyenâgeux sourire au moment de le poser sur ma table, avant de s’éloigner en fredonnant, probablement un motet. elle fredonne souvent, peut-être est-elle est heureuse en amour avec un connard de chevalier de la table ronde, moi et ma table carrée bon sang, qu’y puis-je, quadrature du cercle. je ne la croise plus que rarement à présent qu’elle ne travaille plus le dimanche. je me saisis de la note coincée sous mon petit verre d’eau et griffonne au dos un petit poème, pas une chanson de geste, non, je ne m’appelle pas roland, spermy c’est bien suffisant.

dans ma poitrine
il y a un steak
depuis
que tu ne chantes plus
pour moi
ce steak
est un steak tartare
le plus cher de la carte
car il a fallu des nuits
sans toi
pour le hacher menu
les capres
ce sont mes larmes
et le tabasco
ma jalousie
je bois
beaucoup
des bloody mary
pour continuer de faire battre
mon steak
ce vampire

mon écriture est illisible, mon poème est culinaire. j’en suis satisfait. j’avance la lecture d’un roman de chardonne, prends quelques notes pour jouer les sérieux, puis je sors après avoir laissé quelques pièces sur la note retournée. du dehors, j’avise un garçon de café fort laid abimé dans la lecture de mon poème avant de le chiffonner d’une main, hochant la tête. lisa, c’est son nom, à elle aussi, a terminé son service avant même de débarrasser ma table et s’éloigne déjà. cela fait deux fois que je lui laisse ma carte pour la photographier, sans succès. je ne saurai jamais si mon poème aurait pu la faire changer d’avis. il est froissé dans la paume d’un autre, elle ne travaille plus le dimanche. le serveur croit que je l’aime, lui qui travaille chaque dimanche.

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culture française

simiesques et lippus, couvre-chef de guinguois et pantalon à mi-fesses, ils vibrionnent et s’invectivent, je crois, mais allez savoir, devant le rayon arènebi. je fends leur troupeau mauvais, les abominant, afin me rendre au rayon littérature française de ce grand magasin culturel où l’on ne semble pas connaître jules renard et encore moins le journal qu’il tint. sur le rayonnage, à la lettre R, point de goupil mais des ron l’infirmier en pagaille qui me feraient craindre quelque fatal vertigo si l’invasion de levymusso et autres ouvrages pour gitons ne m’avait pas d’ores et déjà laissé stupide, chancelant, à peine doté de la force de repartir un romain gary en poche, en deuil et le coeur gros comme celui d’un marathonien.

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journal photographique

mon séjour à ostende et quelques conversations m’ont donné envie de tenir à nouveau un journal photographique. peut-être qu’il comprendra plus d’une dizaine de photos, cette fois. ici représentée, la plage d’ostende sans les filles du bord de mer, en même temps elles auraient eu froid les pauvres.

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radio clash

j’ai connu une strip teaseuse londonienne à qui joe strummer avait introduit un doigt dans le vagin sur la spacieuse et confortable banquette d’une limousine. à l’arrière de ma golf déglinguée d’étudiant dilettante, en forêt de rambouillet, deux doigts enfoncés dans l’intimité de cette gogo dancer priée de quitter albion après un séjour un prison pour trafic de drogue, je me disais que, sur ce coup là du moins, je faisais deux fois mieux que ce vieux joe. tandis que la voix de ce dernier sortait du seul haut-parleur vaguement en état de fonctionner, nasillarde et lointaine, ma dealer regardait tristement sur les vitres la buée striée par le passage de quelques gouttes de condensation. je ne sais si elle avait le sentiment de sa déchéance, de londres à rambouillet, de la limousine équipée d’un bar à la golf pourrie jonchée de canettes vides, de joe strummer à spermy de spermito, mais la simple pensée que cela put peut-être le cas m’excitait terriblement plus que son corps maigre quoique très accueillant. j’ai pour elle une pensée émue toutes les fois où the clash passent à la radio, j’ignore ce qu’il est advenu d’elle, et joe strummer est mort. the end.

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mourir à ostende

longtemps j’ai voulu voir ostende, surtout les chevaux de la mer qui fonçaient la tête la première fracassaient leur crinière devant le casino désert, comme le dit la chanson. pourtant, après deux jours passés à ostende, je sais désormais que c’est ma vie qui risque de s’y fracasser plutôt que des poils d’équidés. je l’ignorais du reste encore hier au soir lorsque, en compagnie de mara dans ce café donnant sur la wapenplein, je commençai à mélanger modes et temps, lui déclarant ainsi tout à trac que hier je me coifferons comme pierre arditi, approximations dignes d’un élève de terminale scolarisé dans un lycée public, et auxquelles je ne prêtai pas, dans l’instant, une attention particulière ceci d’autant plus que la blonde dans le dos de mara se retrouva soudainement les quatre fers en l’air dans un bruit de tonnerre, tractée par son chien tenu en laisse qui désirait mordre un enfant rougeaud. la soirée avançant j’employai un mot pour un autre à plusieurs reprises, faisant ainsi connaître à mara mon désir d’aller assister le lendemain au lever du waterzoï sur la plage ou bien encore m’enquérant des qualités gustatives de sa baignoire ce qui ne manqua pas de faire naître chez mara une certaine inquiétude. à l’heure où mara, encore elle, dormait paisiblement depuis longtemps, son inquiétude étant manifestement toute relative, bercé par son souffle régulier, je dénombrais les petites décharges d’électricité dans ma tête comme on compte les moutons, anticipant une rupture d’anévrisme et regrettant de lui causer grande frayeur et tracas administratifs lorsqu’elle me trouverait raide et froid le matin venu, mort à ostende dans un hôtel assez bon marché. il était pourtant  écrit que je verrais finalement le hier qui lui-même me verrait me coifferons comme pierre arditi, manière de fêter la bonne tenue des artères de mon cerveau et gentil pied de nez à la mort, laquelle avait, pourtant, manifestement, toujours pour projet de faire de la flandre occidentale mon tombeau. d’humeur badine, pensant avoir vaincu l’invincible, je me rasai avec application, à l’exception d’un fin trait de poils juste au dessus de la lèvre supérieure tel un hildalgo, un don spermito de la vega, avant d’aller à la selle. au moment de tirer la chasse j’avisai du sang dans la cuvette, j’avais chié du sang des litres de sang sans même le remarquer, j’avais à peine survécu à une rupture d’anévrisme que mes entrailles me lâchaient. je n’en dis rien à mara pour ne point l’inquiéter mais ne pus lui dissimuler bien longtemps, alors que nous prenions le repas de midi, des moules au vin blanc, la douleur dans mon épaule droite et l’engourdissement des doigts de ma main gauche. ce serait donc une attaque cardiaque, j’en avais pris mon parti et donnait les dernières consignes à mara lorsque, le soir, au lit, je devins aveugle. l’atroce et soudaine sensation de brûlure aux yeux me fît hurler, me tortillant, crache moi dans les yeux putain j’ai mal ça brule mais crache je n’ai pas de larmes et malgré les soins que me prodigua mara au moyen d’un liquide plus adapté que ses glaires, je demeurai aveugle jusqu’à ce matin. je ne sais pas ce que me réserve la ville aujourd’hui, tout ce que je sais c’est que je vais très probablement mourir à ostende, qui est au demeurant un bel endroit pour mourir. j’aurais voulu m’appliquer pour ce qui sera peut-être mon dernier billet mais je dois écrire dans l’urgence, je sens la paralysie gagner mes avant-bras et je comprends tout à coup pourquoi il y a tant de fauteuils roulants dans les rues d’ostende.

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